Fiche

 

Revendiquer le « mariage gay ». Belgique, France, Espagne

Auteur(s):
David Paternotte

Collection : Science politique

Discipline(s) : Science politique

Parution: 02/2011,
ISBN: 978-2-8004-1499-7
Nombre de pages: 216 pages
Prix: 20 €

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Synopsis

Nouvelle étape dans le processus de reconnaissance légale des unions de même sexe, le « mariage gay » est aujourd’hui débattu dans de nombreux pays. Ce livre pionnier se penche sur l’émergence de cette revendication en Belgique, en Espagne et en France, trois Etats où les militants gays et lesbiens exigèrent très tôt le droit de se marier. Il examine les arguments utilisés et retrace le parcours de cette revendication jusqu’à sa reconnaissance par la loi en Belgique (2003), en Espagne (2005) et en France (2008). Il dévoile l’importance des réseaux d’acteurs et montre, à travers le concept de « triangle de velours », comment le parcours d’une revendication est influencé par les formes d’organisation du mouvement social qui la porte. S’appuyant sur une comparaison transnationale et sur une étude minutieuse du travail des acteurs, l’auteur explique pourquoi les militants belges, espagnols et français ont commencé à revendiquer le droit au mariage au même moment (1966-1997) et à l’aide des mêmes arguments.

A l’inverse de la plupart des travaux sur le sujet, cet ouvrage défend la nécessité de considérer l’Europe comme un espace transnational et insiste sur le rôle des échanges et influences entre militants de différents pays. Il examine les convergences revendicatives entre les mouvements belges, espagnol et français en mobilisant des travaux sur les mouvements sociaux, les politiques publiques, l’européanisation et les relations internationales.

Pour terminer, l’auteur s’interroge sur les conséquences de l’adoption du droit comme principale matrice de revendication, alors que les militants belges, espagnols et français ont très rarement eu recours aux cours et tribunaux. Plutôt que de considérer l’émergence de la demande du droit au mariage comme la conséquence logique du développement du mouvement homosexuel en Occident, il soutient la thèse d’une rupture avec l’agenda revendicatif plus ancien et s’interroge sur les transformations du militantisme gay et lesbien au cours des vingt dernières années.  



Compte rendu

« Cet ouvrage, issu d’une thèse, est une étude particulièrement importante pour trois raisons au moins. D’abord, dans la lignée des travaux sur les revendications des lesbiennes, gays, bisexuel-le-s et transgenres (LGBT), David Paternotte analyse comment s’élaborent les étapes de la concrétisation, dans deux des trois pays étudiés (Belgique et Espagne), du « mariage gay ». Ensuite, il élabore un véritable modè le permettant de comprendre comment, dans des configurations nationales distinctes, les revendications ont évolué vers l’ouverture du mariage civil selon des processus relativement similaires. Enfin, l’auteur combine de manière tout à fait convaincante la littérature consacrée aux mouvements sociaux, à l’étude des politiques publiques et à certains travaux des relations internationales pour proposer une démarche explicative de l’adoption d’une loi, en croisant les niveaux et influences nationales, internationales et transnationales ».

Michael VOEGTLI, Universidad Autónoma Metropolitana, Mexico, Swiss Political Science Review, vol. 18/1, 2012, p. 142-144

«  (…) La revendication du mariage s’est imposée peu à peu car les mouvements gais et lesbiens ont évolué, et que la société s’est transformée. Le mariage, devenu un choix de conjugalité parmi d’autres, protégeant désormais l’égalité juridique des conjoints, en a fait de même. L’épidémie de VIH/Sida a aussi eu un rôle, révélant à tous l’urgence de reconnaître juridiquement les couples à l’approche de la disparition d’un conjoint. Enfin, les premiers succès de partenariats civils en Europe du Nord, suivis du Pacs français, ont permis à l’ouverture du mariage d’entrer dans le champ du politiquement réaliste.
Tout cela n’a bien évidemment rien eu d’automatique. L’étude de David Paternotte a pour grand mérite de décrire avec précision le rôle des différents acteurs de cette évolution politique. Il s’attarde notamment sur le rôle des militants associatifs, d’un certain monde académique (notamment de juristes), et des organisations politiques et institutionnelles. Pour souligner les interactions dynamiques et flexibles entre ces acteurs, il utilise le modèle du « triangle de velours », initialement proposé par la chercheuse Alison Woodward pour décrire la mise en place des politiques de gender mainstreaming à l’échelle de l’Union européenne.
Un autre apport essentiel de l’ouvrage, en ces temps difficiles pour la construction européenne, est d’étudier successivement tous les facteurs possibles conduisant des pays voisins à connaître des débats similaires de manière synchronisée. La proximité des situations et des cultures nationales est un élément non négligeable. Mais la mise en lumière du rôle d’acteurs militants, académiques voire partisans transeuropéens est d’un intérêt réel, d’autant plus que la science politique a encore pour habitude de les négliger.
(…) Pour des militants politiques progressistes, il existe en outre quelques leçons à tirer (où à confirmer) à la lecture de cette thèse.
Tout d’abord, si la revendication de l’égalité dans le droit au mariage n’est pas née dans les partis et si les partis progressistes ont attendu les années 2000 pour la mettre en œuvre (puisque le Parti socialiste a rejoint ses homologues belge et espagnol sur ce point en préparant la bataille électorale de 2007), il n’en reste pas moins qu’ils sont les vecteurs irremplaçables de son accomplissement.
(…) Un second point a trait au rôle des diverses institutions européennes dans l’évolution du débat à l’échelle du continent.
(…) David Paternotte souligne ainsi que, si les discours militants font de plus en plus référence aux valeurs européennes de non-discrimination et d’égalité, et aux droits humains reconnus dans les traités internationaux, l’Europe occidentale, depuis l’adoption du partenariat civil danois en 1989, joue un vrai rôle de précurseur historique. La capacité des Européens à travailler en réseau pour que les progrès législatifs essaiment sur le continent y est pour beaucoup. Il faut espérer que ce mouvement prépare l’émergence d’une nouvelle norme internationale.

Joël LE DEROFF, Esprit critique, n° 101, juillet 2011

 

Autre compte rendu

  • Manon Tremblay, Université d’Ottawa, Canadian Journal of Political Science – Revue canadienne de science politique,  vol. 44/4.
  • Maks Banens,Centre Max Weber, Université Lumière Lyon 2-Cnrs, Revue française de sociologie, 2012.




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