Fiche

 

De l’Etat à l’Union européenne

Auteur(s):
François Foret

Collection : UBlire

Discipline(s) : Science politique

Parution: 09/2015,
ISBN: 978-2-8004-1593-2
Nombre de pages: 176 pages
Prix: 9 €

Téléchargement


Synopsis

L’Europe est-elle la mort, la sauvegarde ou le remplacement de l’Etat ? Assiste t-on à l’émergence d’un super-Etat européen ? Doit-on abandonner une fois pour toute notre vision du monde structurée par l’Etat-nation et ses chimères d’homogénéité culturelle, de souveraineté populaire et d’un centre politique agissant sur le réel ? L’intégration européenne est-elle une révolution silencieuse et régénératrice ou le raidissement annonciateur d’un long déclin ? Telles sont quelques-unes des questions qui traversent ce livre.
Le lecteur est convié à suivre plusieurs trajectoires. Trajectoire chronologique du système politique européen tout au long de sa genèse, de l’Etat comme forme de domination à l’Union européenne d’aujourd’hui, et traversant les histoires nationales de part en part. Trajectoire conceptuelle du débat sur la nature de l’Europe politique, de « l’objet non identifié » à sa normalisation comme réalité ancrée dans la vie quotidienne des citoyens. Trajectoire pédagogique, du simple au complexe, du passé au présent, du national au supranational et au transnational tout en montrant comment ces niveaux s’interpénètrent désormais de manière inextricable. 
Cet ouvrage n’est pas un  traité de recherche exposant l’exhaustivité d’une matière spécialisée. Ce n’est pas davantage un manuel présentant toutes les approches et les écoles. Il se veut un compagnon de route qui fait des choix, opte pour les raccourcis nécessaires ou allonge le chemin lorsque il faut avoir une vue d’ensemble. Il s’adresse à l’étudiant qui aborde les études européennes en voulant aller du général au particulier ; au chercheur ou au praticien en quête d’une réflexion transversale sur les dimensions multiples de l’intégration européenne ; au lecteur profane désireux de décrypter ce qui se fait à « Bruxelles » et, plus largement, les racines et des enjeux de la politique contemporaine.


Compte rendu

"De prime abord, des questions posées en quatrième de couverture incitent au doute, à la circonspection. Est-il bien pertinent de se demander aujourd'hui, par exemple, si l'on assiste « à l'émergence d'un super-Etat européen », alors que les citoyens européens peuvent à bon droit redouter l'implosion de l'Union sous les effets conjugués des pressions exercées par les réfugiés et des bricolages peu glorieux du Conseil européen ? Est-il sage de se demander si le monde restera structuré « par l'Etat-nation et ses chimères d'homogénéité culturelle, de souveraineté populaire », alors que prospèrent politiquement les Orban, Szydlo et autres Fico ? En réalité, au-delà des contingences de l'actualité, le sujet que traite le Pr. Foret dans ces pages est parfaitement pertinent puisqu'il consiste à « repenser l'articulation de l'Etat à l'Europe » en sachant que la notion d'Etat est liée de manière viscérale à l'histoire de notre continent, au point même d'être une caractéristique de l'européanité.

Pour ce professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles, la politique contemporaine ne cesse de graviter autour de l'Etat, mais il s'agit aujourd'hui d'un « Etat mutant » qui, chez nous, « se dédouble par l'émergence d'une superstructure européenne qui le surplombe, le conditionne, le prive d'une partie de ses prérogatives, tout en le renforçant et le sauvegardant ». C'est à saisir la logique du développement politique de l'Europe moderne à travers ses formes successives et concomitantes, l'Etat et l'Union, qu'il s'emploie dans ces pages, lui qui appréhende ces deux entités « comme deux arbres enracinés dans un même terreau, poussant à des périodes différentes mais solidaires du même biotope ». Et ce chercheur à l'Institut d'études européennes de l'ULB d'expliquer, en poussant un peu plus loin la métaphore biologique, que « leur relation peut se définir comme une symbiose, association pérenne et mutuellement bénéfique de deux organismes », même si elle peut aussi fort bien « tourner au parasitisme, quand l'un des deux organismes vit aux dépens de l'autre, ou à la compétition, quand les deux entrent en concurrence pour l'accès à des ressources trop rares » en termes de pouvoir et de légitimité.

Dans un premier chapitre intitulé « De l'Etat à l'Europe », le Pr. Foret retrace le développement politique du continent dans la longue durée. Il y distingue notamment différents idéaux-types d'Etat (...) L'auteur réfléchit à la façon dont ces diverses trajectoires historiques stato-nationales forgeant des politiques distinctes peuvent se couler dans l'intégration européenne et s'intéresse aux changements spécifiques que celle-ci a pu provoquer dans les sociétés ainsi que dans le contexte géopolitique global. Intitulé « Un Etat européen ? », le deuxième chapitre voit François Foret s'interroger sur la nature du système politique et institutionnel ayant émergé au plan supranational dans les années 50 et se demander, en particulier, s'il s'est agi « de la continuation des mêmes logiques qui ont présidé à la structuration des Etats ». Il confronte l'Union à différents modèles - fédération, consociation, empire, Etat régulateur… - pour évaluer sa singularité. Enfin, sous le titre « Une Europe des Etats ? », le troisième chapitre le voit notamment analyser différents éléments pour comprendre la montée en puissance de « Bruxelles » et la mutation de la notion même d'Etat qu'entraîne l'appartenance à l'Union. Il présente ainsi de manière succincte les arènes institutionnelles de cette dernière pour déterminer les pouvoirs respectifs des acteurs nationaux et supranationaux, mais surtout pour montrer « comment les deux catégories s'interpénètrent au point de devenir indissociables ». Son dernier regard porte sur la difficile affirmation d'un espace public supranational et d'une opinion publique européenne, constat qu'il s'emploie à relativiser. La manière dont certaines franges de la société européenne réagissent depuis aux décisions prises par le Conseil européen concernant les réfugiés sont de nature à lui donner raison…

En attendant, il ponctue son essai par deux scénarios à ce jour possibles. L'un est fort sombre, prévoyant l'éclatement de l'Union et la dégénérescence du continent entier sous les coups de boutoir des égoïsmes, des populismes et des nationalismes triomphants. L'autre voit l'Europe redevenir « le carrefour du monde sans prétendre en être le centre » grâce à l'action de ses citoyens, les élections européennes ayant même « consacré des formations politiques issues de la société civile qui se sont ensuite emparé des commandes au niveau national ». François Foret a parfaitement raison, l'avenir n'est pas écrit: « Il appartient à tous les Européens d'écrire la version qui prévaudra » !" (Agence Europe, bulletin quotidien n° 11520, mars 2016, Michel Theys).




PrintImprimer           MailEnvoyer à un ami