Fiche

 

Politique des limites, limites de la politique. La place du droit dans la pensée de Hannah Arendt

Auteur(s):
Vincent Lefebve

Collection : Philosophie politique : généalogies et actualités

Discipline(s) : Droit, Philosophie

Parution: 01/2016,
ISBN: 978-2-8004-1597-0
Nombre de pages: 288 pages
Prix: 20 €

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Synopsis

En forçant un peu le trait, tout se passe comme si les abondantes lectures politiques et morales suscitées par l’œuvre de Hannah Arendt avaient conspiré à masquer sa philosophie du droit. Cet ouvrage s’efforce de rectifier une telle perspective, bien ancrée tant chez les spécialistes de la pensée politique que dans le grand public, en invitant le lecteur à cheminer à travers cette œuvre exigeante afin d’y découvrir une réflexion sur le droit originale.

Le premier versant exploré, qualifié d’objectif et qui correspond à la première partie de l’étude, s’entend d’une analyse minutieuse des modèles que la philosophe s’est attachée à élaborer dans certains de ses livres les plus importants. Ces modèles ont en commun de renvoyer à des situations historiques exceptionnelles ayant mené soit à un enrichissement de notre conception et de notre expérience du lien entre droit et politique (l’Antiquité grecque et romaine, la Révolution américaine), soit à la destruction pure et simple de ces deux champs de l’activité humaine (le totalitarisme).

Dans la seconde partie de l’ouvrage, la focale se déplace en direction du pôle subjectif de l’œuvre étudiée. Vincent Lefebve y montre de quelle façon Arendt s’emploie à redéfinir les figures centrales de notre pensée politico-juridique que sont le sujet de droit, le juge et le citoyen à partir d’une observation attentive de situations existentielles limites, comme la crise des réfugiés et apatrides de l’entre-deux-guerres. Sont mobilisés, dans le cours de cette investigation, des thèmes aussi variés que les droits de l’homme, la justice pénale internationale, la portée politique du jugement ou encore la désobéissance civile.

Ces deux versants – objectif et subjectif – dessinent ensemble une conception inédite de l’articulation entre droit et politique qui n’implique ni une confusion entre ces deux sphères, ni la subordination de l’une à l’autre. Arendt pense la solidarité de principe entre droit et politique, fait du phénomène juridique la condition même de la liberté, ce qui la « contient » au double sens de ce qui la limite et de ce qui lui donne vie.
C’est, en un mot, à la rencontre d’une authentique pensée politique du droit que nous convie ce livre, nous offrant ainsi les clés d’une compréhension nouvelle de diverses thématiques classiques, mais toujours actuelles, qui animent la recherche en philosophie du droit, comme la nature de la loi ou de la constitution, la source de la justice humaine ou encore le fondement de l’obéissance au droit.



Compte rendu

"cet ouvrage est une excellente synthèse de l’ensemble des réflexions arendtiennes où le droit est convoqué. L’analyse de l’œuvre de Hannah Arendt sous l’angle du droit en renouvelle profondément la lecture et s’avère d’une grande fécondité. Vincent Lefebve montre, avec beaucoup de talent, comment cette œuvre est tout entière traversée par une interrogation dense et très féconde sur les rapports entre droit et politique, le droit s’imposant comme un facteur de stabilisation et de création d’un espace public où la pluralité humaine peut agir politiquement. Cet ouvrage montre également l’actualité de la pensée arendtienne face aux problématiques juridiques contemporaines (comme celles des réfugiés et des sans-papiers, ou celle du rôle du juge) tout en rappelant les dangers auxquels les hommes doivent faire face en leur qualité d’êtres politiques" (Sophie Schulze, Centre de philosophie juridique et politique, Cergy-Pontoise, Droit et Société, février 2017).

 

L’originalité de l’ouvrage de Vincent Lefebve est de mettre au jour un aspect largement méconnu de la pensée de Hannah Arendt, sa philosophie du droit, qui ne se présente pas de façon explicite. (…) la pensée d’Arendt – des aspects les plus originaux comme les remarques sur le sionisme aux plus connus comme les analyses critiques des droits de l’homme,  d’Eichmann ou de la désobéissance civile – se trouve réorganisée en une théorie inédite du droit en tant qu’il est constitutif de la politique. Plusieurs paradoxes de la pensée arendtienne se trouvent du même coup dissipés : l’affirmation de la nécessité de la stabilisation de la sphère politique au sein d’une pensée de la nouveauté et de l’événement, ou encore la constance de la référence aux modèles du passé dans une pensée pour laquelle le fil de la tradition est rompu (Katia Genel, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne, Revue française de science politique, 66/5, 2016, p. 831-832, http://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2016-5-page-827.htm)




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